Les grands personnages : Athanase d’Alexandrie 295 (298?) – 373

Athanase, l'un des grands Pères de l'Eglise, fut évêque d'Alexandrie durant 46 ans. Il est le grand pourfendeur de l'Arianisme, l'hérésie propagée par le moine Arius touchant à la Personne divine du Fils, Jésus-Christ. Il est le défenseur " en chef " de l'orthodoxie au concile de Nicée en 325 et proclame avec brio la divinité de la Parole faite chair, du Fils éternel de Dieu incarné, Fils de l'Homme.

 

La vie d'Athanase

Athanase d'Alexandrie
Athanase d'Alexandrie

Nous la connaissons principalement à partir de ses propres écrits, notamment ses Lettres festales, du panégyrique rédigé par Grégoire de Nazianze et des Histoires Ecclésiastiques de Rufin et de Théodoret.

Athanase est probablement né à Alexandrie en 295 (298 selon d'autres sources), de parents chrétiens d'origine grecque. Son nom signifie l'immortel.

Athanase a 18 ans lorsqu'en 303 surgit la persécution sous Dioclétien. Terriblement longue et cruelle en Orient, elle cesse en 313 ; mais Athanase, comme d'autres en sort considérablement affecté et cette tragédie le conduit à affirmer définitivement sa foi en Christ.

Athanase est un grand érudit ; en témoignent ses écrits ou se reflètent sa grande connaissance de la Bible, sa formation hellénique et sa maîtrise des classiques grecs (principalement Platon et Homère). Les discours qu'il rédige sont pénétrés du modèle du genre laissé par Démosthène.

Il est probable qu'Athanase ait connu Antoine dont il rédigea la biographie (La vie d'Antoine).

Il tient en l'Eglise d'Alexandrie la place de lecteur six années durant. Puis, en 319, l'évêque Alexandre l'ordonne diacre et lui confie les fonctions de secrétaire. C'est à cette époque qu'il rédige son Traité contre les païens et sur l'Incarnation du Verbe.

La controverse sur l'hérésie arienne éclate et Athanase accompagne Alexandre au Concile de Nicée en 325. L'évêque meurt en 328 et au mois de juin de la même année Athanase lui succède fort de sa réputation d'homme vertueux, pieux, chrétien et ascète.

Voir le symbole des Apôtres, concile de Nicée

 

Le début de son épiscopat

Au début de son épiscopat, Athanase apparaît (cf. ses lettres festales) consacré à l'affermissement de la foi des fidèles et au respect de la pratique de la vie chrétienne. C'est une période de relative accalmie ; l'évêque accomplit son travail pastoral en son diocèse.

L'orage ne tarde cependant pas à éclater : l'exil d'Arius est levé et ses partisans gagnent en audience à la cour impériale. L'empereur Constantin demande à Athanase la réintégration d'Arius au sein de l'Eglise, ce que l'évêque ne pouvait décemment pas accepter.
Une cabale se monte alors contre lui, les calomnies et les griefs fusent ; il est même accusé de conspirer contre la vie de l'empereur. Ce dernier le convoque à Nicomédie ; de cet entretien, Athanase sort blanchi. Constantin écrit dans une de ses lettres (Apol ad Constant., 62) : J'ai accueilli votre évêque Athanase avec bienveillance, et je lui ai parlé comme le dictait la conviction que j'ai que c'est un homme de Dieu.

Dès lors, Athanase est l'objet d'une nouvelle campagne de dénigrement : il aurait demandé l'assassinat d'Arséne, évêque mélétien (de Mélèce évêque de Lycopolis, révolté en 306 contre l'évêque Pierre d'Alexandrie à cause de son pardon accordé à des apostats repentants. Mélèce avait alors fondé une église schismatique). Mais Arsène réapparaît au fin fond d'un monastère d'Égypte.

Personnages de l'Eglise : Athanase d'AlexandrieLes ennemis d'Athanase demandent et obtiennent de l'empereur Constantin la convocation d'un nouveau concile. En 335 se tient le concile de Tyr au cours duquel Athanase est accusé d'affamer la ville impériale. Athanase est déposé et exilé par l'empereur.De 335 à 337, il s'exile à Trèves où l'évêque local, Maximin et le jeune Constantin, fils de l'empereur, l'accueillent favorablement. A Trèves, Athanase valorise par ses écrits la vie monacale et devient une référence en la matière. Il est même cité par Augustin (Confessions VIII, 15) pour son ouvrage La Vie d'Antoine.

Durant son absence d'Alexandrie, ses détracteurs tentent en vain d'instaurer Arius à la tête de l'épiscopat. Ce dernier meurt brutalement en 336 ; l'empereur Constantin meurt à son tour en 337 après avoir été baptisé par l'évêque arien Eusèbe de Nicomédie.
Dès lors, l'empire est partagé : Constantin II possède la Gaule, l'Espagne et l'Afrique ; Constance gouverne l'Orient, et Constant l'Italie ainsi que l'Illyrie.

Constantin II, défenseur d'Athanase, le rappelle à Alexandrie où il reçoit un accueil triomphal. S'adressant aux chrétiens de cette ville, il écrit : Il n'a sans doute pas échappé à vos saintes pensées pour quels motifs Athanase, le prédicateur de l'adorable loi, a été envoyé momentanément dans les Gaules. La fureur de ses sanguinaires ennemis tenant des dangers suspendus sur sa tête, cette résolution fut prise afin qu'il ne lui arrivât pas malheur. C'est pour le mettre à l'abri de la vengeance de ses adversaires qu'il me fut confié... Déjà notre maître Constantin-Auguste, mon père, avait résolu de le rendre à votre piété bien-aimée, mais le sort commun de tous les hommes l'a rappelé au repos éternel avant qu'il ait pu accomplir son désir, j'ai donc cru devoir exécuter les intentions de l'empereur. Vous savez vous-mêmes de quels respects Athanase sera digne quand il reviendra auprès de vous... (rapporté par Sozomène dans son Histoire Ecclésiastique, III, 2).

En 338, les ariens toujours actifs et ayant pris le parti de l'évêque Eusèbe de Nicomédie (prenant par là-même le nom d'eusébiens) demandent au pape Jules la déposition d'Athanase. Mais Jules prend la défense d'Athanase ; les eusébiens se réunissent en synode à Antioche en 339 et prononcent une nouvelle fois la déposition d'Athanase. Ils nommèrent à sa place Grégoire de Cappadoce qui entre à Alexandrie escorté par des soldats en armes. Une nouvelle fois, Athanase est contraint à l'exil. Il part pour Rome bénéficier de la protection du pape Jules.

Il séjourne à Rome de 339 à 346 où il est habilité à présenter sa défense devant un synode. Il est pleinement réhabilité par Jules en 341.
La présence d'Athanase à Rome a des conséquences heureuse pour la chrétienté : l'Occident rejoint la foi du concile de Nicée et Rome découvre le monachisme oriental.
En 345, l'évêque Grégoire d'Alexandrie meurt et l'empereur d'Orient Constance rappelle Athanase qui revient le 21 octobre 346.

Il s'ensuit une période de dix années de présence ininterrompue d'Athanase à Alexandrie ; de 346 à 356. L'évêque s'emploie à pacifier la situation et à renforcer l'unité de la foi. Il rédige alors l'Apologie contre les ariens.
En 352 le pape Jules décède et Libère lui succède. Les détracteurs d'Athanase requièrent son appui pour parvenir à leur fin. Etrangement, Athanase reçoit une missive de Constance qui lui accorde "l'entrevue demandée " alors qu'aucune entrevue n'a été sollicitée… Athanase flaire le piège ; il envoie une ambassade que l'empereur refuse de recevoir.
En 353, l'empereur Constance demande aux Gaulois circonspects d'exclure Athanase de l'Eglise. Hilaire de Poitiers enquête et Paulin de Trèves s'oppose mais est exilé.
En 355, un nouveau concile est convoqué à Milan et prononça la condamnation d'Athanase. Seuls trois évêques sur 300 protestent. C'est à cette date qu'Athanase rédige l'Apologie à Constance. Durant la nuit du 8 février 356, Athanase se tient dans une église d'Alexandrie, qui est assaillie par des hommes armés. Il a néanmoins le temps de s'enfuir en Egypte où il partage de 356 à 362 la vie des moines du désert..

A Alexandrie, la situation empire : Constance remet l'intégralité des églises aux mains des ariens qu'il plébiscite dans tout l'empire. Georges de Cappadoce devient évêque d'Alexandrie le 24 février 357 ; c'est le début de plus d'une année de véritable tyrannie qui se solde par une émeute le 29 août 358. Georges de Cappadoce est contraint à la fuite et est écroué 1er décembre 361.
L'empereur Constance meurt le 3 novembre 361. Son successeur, Julien, tristement célèbre sous le nom de Julien l'Apostat exige que lui soit remise la riche bibliothèque de Georges de Cappadoce. Il signe un édit rappelant l'intégralité des évêques exilés et Athanase revient une nouvelle fois le 21 février 362.

Début 362, Athanase réunit 25 évêques au synode d'Alexandrie afin de pacifier la chrétienté en clarifiant les positions et les éléments de langage source de malentendus. Tout en sauvegardant l'essentiel du symbole des Apôtres défini lors du concile de Nicée, il élargit l'acception de certains termes (tel le conflictuel " homoousios "). La paix ecclésiale revenue, le christianisme se propage encore davantage.
Une fois encore, l'empereur Julien " l'Apostat " en conçoit de la colère et ordonne un nouvel exil pour Athanase. Il cherche même à le faire assassiner, sans y parvenir. Athanase se réfugie au désert d'Egypte parmi les monastères de la Thébaïde.

Julien l'Apostat décède au combat (face aux perses) le 26 juin 363 ; c'est Jobien, un chrétien qui lui succède.
Ce dernier ne tarde pas à instaurer la liberté de culte dans l'empire et convoque Athanase à Antioche pour un exposé de la doctrine sur la Trinité. Après ce voyage, Athanase retourne à Alexandrie en janvier 364.

Malheureusement, Jovien décède en février de cette même année ; un officier chrétien, Valentinien, lui succède pour l'empire d'Occident ainsi que son frère Valens pour l'empire d'Orient. Ce dernier re-ordonne l'exil des évêques chassés par Valence ; Athanase doit se cacher mais l'Histoire ne nous révèle pas où il le fait (dans la banlieue d'Alexandrie ou au désert ?).
Les chrétiens alexandrins militent auprès de l'empereur pour son retour ; Valens finit par céder et ordonne la réintégration d'Athanase en 366.

Enfin ! Une période de calme de sept années s'ensuit et Athanase s'adonne à l'écriture de plusieurs œuvres (commentaire sur les Psaumes, lettre aux Africains,…).

Athanase meurt le 2 mai 373 à l'âge de 77 ans.

 

Les écrits d'Athanase

Athanase est l'auteur d'écrits ascétiques, apologétiques, dogmatiques, exégétiques et historiques. Voici ses principales selon leur date connue ou estimée :

  • Discours contre les païens et sur l'incarnation du Verbe (318)
  • Les lettres festales (ou papales) (de 328 à 373)
  • Lettre encyclique aux évêques(339 ou 340)
  • Lettre sur les décrets de Nicée (350/351)
  • Lettre à Dracontius(354 ou 355)
  • Lettre aux évêques d'Égypte (356)
  • Vie de saint Antoine

 

 

 

Phil
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