Aimer son ennemi

Mais comment aimer son ennemi ?

Je n’ai jamais en d’ennemi et je ne sais pas, si j’en avais un, comment il me serait donné, de pouvoir l’aimer et de lui montrer mon amour. Je crois comprendre que l’exercice de ce devoir chrétien est difficile, qu’il demande non pas seulement une intention bonne, mais encore et surtout des actes parfois difficiles et une persévérance éprouvée.

Preuve en soit ce trait de la vie de Pierre Miller, pasteur en Pensylvanie :
C’était un chrétien «dans le coeur duquel il n’y avait point de fraude», aurait dit Jésus. Un individu, repris dans sa conscience par les sermons de Miller, au lieu de s’amender, se mit à le haïr. Il ne manquait aucune occasion de le calomnier, de lui souhaiter mille maux, si bien que cet homme était appelé couramment: l’ennemi de Miller.

Le soulèvement des Etats-Unis contre l’Angleterre éclata, l’homme fut enrôlé ; mais, mauvais soldat, traître à son pays, il fut condamné à la peine de mort. La nouvelle arriva en Pensylvanie ; on courut l’annoncer au pasteur. Celui-ci, sans perdre un instant, quitta son village et prit la direction de Philadelphie.

-Où va-t-il? murmurait-on.
-Il va assister au supplice de son ennemi, répondaient ceux qui veulent toujours être les mieux informés.

Pierre Miller marcha toute une journée, et, quand il fut au but de son voyage, il se fit introduire auprès de Georges Washington, alors généralissime de l’armée américaine.

-Je viens vous demander la grâce de cet homme, dit-il à Washington.
-Impossible! C’est un grand coupable! Toute prière est inutile; la grâce de votre ami ne vous sera point accordée.
-Mon ami? Mais je n’ai pas sur la terre de plus grand ennemi que celui-là !

Le général regarda longtemps le pasteur, vit ses pieds couverts de poussière, puis il s’écria :

-Quoi! vous avez fait soixante milles pour sauver la vie de votre ennemi? Alors, je vous accorde sa grâce !...

Pierre Miller, le précieux papier signé, courut pour arriver à temps au camp où devait avoir lieu l’exécution. Il était à environ cinquante milles de Philadelphie. Quand le pasteur approcha, il entendit un roulement de tambours.

-Arriverai-je à temps? murmura-t-il.

Il franchit avec peine les cordons de troupes et vint au centre du camp. Le poteau était enfoncé dans le sol ; l’ennemi de Miller, à-demi dépouillé de ses vêtements, était gardé par des soldats. Il aperçut le pasteur et s’écria avec un rire forcé :

-Tiens! voilà le vieux Pierre Miller! il a joliment couru pour me voir mourir !

Le pasteur, épuisé de fatigue, sanglotant d’émotion, tendit à son ennemi étonné le décret libérateur !

B. ARBOUSSET.

 

Aimer son ennemi
Aimer son ennemi : un défi !

 

 

 

 

 

Phil
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