Histoire de l’Écriture dans le monde

Depuis des milliers d'années des images, signes et dessins transmettent des messages intelligibles. L'écriture stricto-sensu existe seulement lorsqu'apparaît un ensemble organisé de signes ou symboles, permettant de matérialiser et transmette une pensée, un sentiment.

  

Sommaire

  1. En Mésopotamie
  2. En Egypte
  3. En Crête
  4. En Chine
  5. L'apparition de l'alphabet
  6. Les exceptions

 

 

1. En Mésopotamie

L'histoire de l'écriture débute aux environs du VIè millénaire avant Jésus Christ, en Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate. La région se partageait alors entre le pays du nord, Akkad, et le pays du sud, Sumer. Les Sumériens et les Akkadiens parlaient des langues différentes ; ils vivaient en communauté dans des villes, sous l'autorité d'un souverain, et sous la protection de nombreux dieux.

Les premières traces d'une écriture ont été découvertes sur des tablettes d'argile, au pays de Sumer (temple d'Uruk). Ces tablettes d'Uruk comportent des inventaires de grains, de bétail. Ils s'agit donc de signes décrivant l'état d'une comptabilité. Ces signes sont en fait des pictogrammes, des représentations stylisées. Par exemple une tête de boeuf décrit cet animal, un triangle pubien avec le trait d'une vulve désigne une femme. Ces pictogrammes pouvaient être combinés pour exprimer une idée (d'où le terme d'idéogrammes). Les chercheurs ont recensé environ 1500 de ces pictogrammes.

 

Évolution des pictogrammes.

 

ecriture-pitogrammes

1è ligne : La tête de boeuf désignait l'animal ; la 1è évolution fut une rotation de 90° pour faciliter l'écriture, puis évolution vers le remplacement progressif par une écriture cunéiforme.

2è ligne : le triangle pubien représente la femme, puis évolution vers le cunéiforme.

3è ligne : combinaison de 2 pictogrammes désignant les femmes des montagnes, puis évolution.

 

Au début du IIè millénaire, le pictogramme évolue de la représentation d'un objet à son concept abstrait. Les scribes utilisaient des tablettes d'argile et des "calames", roseaux taillés en pointe, puis plus tard en biseau pour imprimer dans dans l'argile des empreintes en forme de coins et de lignes formant des sortes de clous sensés représenter les dessins primitifs. De là l'écriture "cunéiforme" tire son nom, du latin "cuneus", clou.

 

Tablette d'argile et calames

 

ecriture-cuneiforme

Cette tablette présente un exemple d'écriture cunéiforme réalisée avec les "calames" dont on a recensé 3 types : le triangulaire pour former les coins, celui à bout creusés pour les clous et celui à bout rond pour les chiffres.

 

A ce stade, chaque signe pouvait, selon le contexte, avoir plusieurs sens. Dès lors que les signes ne représentent plus qu'eux-mêmes, et non plus un objet ou un être, leur nombre diminue. Le nombre de 600 a été avancé par les chercheurs.

L'étape suivante de cette évolution fut considérable ; les signes furent utilisés pour représenter les sons de la langue parlée. C'est la naissance du phonétisme.
Les Sumériens eurent le trait de génie d'utiliser la méthode du rébus ; un pictogramme ne désignait plus un objet ou un être, mais un autre objet au nom phonétiquement voisin. Par exemple le pictogramme sumérien de la flèche qui se disait "ti" désignait la vie qui se disait également "ti".

Cette évolution fut complexe, au point que les scribes sumérien utilisèrent des signes "classificateurs" pour savoir si le signe évoquait un son ou un objet.

Au début du IIè millénaire, les Akkadiens dominèrent la Mésopotamie. Rapidement, l'akkadien fut la seule langue parlée. Le sumérien fut relégué au rang de "langue sacrée".
L'écriture cunéiforme devint alors une écriture à part entière, capable de transcrire la langue akkadienne et la langue sumérienne. Elle fut adoptée officiellement par le royaume Babylonien (-1760). Successivement et progressivement, les sumériens, les akkadiens, les babyloniens puis les assyriens inventèrent la correspondance, le courrier, les enveloppes (en argile).

 

Exemple d'évolution d'un idéogramme

 

ecriture-ideogramme

Evolution de l'idéogramme "roi" composé d'un homme et d'une couronne entre 2500 et 600 avant Jésus Christ

 

L'écriture cunéiforme permit également de transcrire les hymnes, textes et récits religieux, les formules divinatoires et la littérature. C'est le cas de l'Epopée de Gilgamesh dont plusieurs tablettes et fragments on été retrouvés.

Pourtant, l'écriture demeura ostensiblement élitiste, très certainement de par le pouvoir qu'elle conférait. Les scribes constituaient une caste puissante, parfois plus que les courtisans, voire le souverain.

Le succès de l'écriture cunéiforme l'amena à être utilisée pour la transcription de langues diverses : du pays d'Elam et de l'ancienne Perse (l'actuel Iran), ou encore des Hittites (l'actuelle Turquie d'Asie). Elle se répandit donc de la Palestine à l'Arménie.

 

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2. En Egypte

Parallèlement au développement de l'écriture mésopotamienne, d'autres systèmes se développent. C'est notamment le cas en Egypte avec les "hiéroglyphes" du grec "hieros", sacré et "gluphein", graver. Selon les antiques égyptiens, cette écriture leur fut donnée par le dieu Thot. Contrairement au cunéiforme, abstrait, géométrique et quelque peu austère, les hiéroglyphes sont poétiques, vivants, car composés de dessins admirables :  têtes humaines, oiseaux, plantes et fleurs...

Les premiers hiéroglyphes découverts remontent au IIIè millénaire avant Jésus Christ. L'écriture hiéroglyphique n'a pratiquement subi aucune évolution jusqu'en 390 après Jésus Christ. Cependant, le nombre de signes passa progressivement de 700 à 5000 !

Contrairement à l'écriture sumérienne, l'écriture égyptienne fut dès le début utilisée pour représenter la langue parlée, mère de l'actuelle langue copte. Dès l'origine elle transcrivait des réalités abstraites et concrètes (agriculture, médecine, éducation, religion, légendes, droit, littérature...

L'écriture égyptienne était constituée de trois types de signes :
. les pictogrammes, dessins stylisés représentant des objets ou des êtres,
. les phonogrammes, représentant des sons,
. les déterminatifs, indiquant de quelle catégorie de choses ou d'être il s'agit.

Elle se lisait de droite à gauche, le sens étant donné par l'orientation des têtes humaines ou des oiseaux. Le support traditionnel de l'écriture était le papyrus.
Le papyrus est une plante des marécages de la vallée du Nil. La tige était découpée en fines bandes, assemblées en se chevauchant. Deux couches croisées étaient superposées, la surface plane et souple ainsi obtenue était séchée par pressions puis polie.
On collait, avec une pâte à base d'amidon, une vingtaine de feuilles à la suite, produisant un rouleau de plusieurs mètres de longueur.

Le scribe travaillait assis en tailleur, le papyrus entre les genoux. Il utilisait une baguette de roseau dont l'extrémité était martelée ou taillée. L'encre noire était préparée à base de suie et d'eau complété de gomme arabique. Les titres et en-têtes étaient écrit à l'encre rouge, obtenue par un mélange de poudre de cinabre, de sulfure de mercure, ou d'oxyde de plomb.

Parmi les documents découverts les plus fameux, figure le "Livre des morts" écrit sous la XIXè dynastie pharaonique (XIIIè siècle avant Jésus Christ). Ce livre est lu par les prêtres lors des funérailles ; il raconte en une vaste fresque le parcours des morts au-delà de la vie présente.

 

Exemple de hiéroglyphes couchés sur un papyrus.

 

ecriture-hyeroglyphes

 

En Egypte comme en Mésopotamie, la connaissance de l'écriture est une source considérable de pouvoir. Les scribes formaient ainsi une puissante caste.

Pour faire face aux contraintes de la vie quotidienne des scribes, la difficile et longue écriture hiéroglyphique donna naissance à une écriture cursive simplifiée, dite "hiératique" ou "sacerdotale".

Vers 650 avant Jésus Christ, apparaît une écriture cursive plus claire et rapide, appelée "démotique" ou "populaire" couramment utilisée en Egypte.
La fameuse pierre de Rosette qui permit à Champollion de découvrir le secret des hiéroglyphes, figure le même texte en démotique, hiéroglyphe et grec. Quelques caractères de l'écriture démotique ont survécu dans l'écriture copte.

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3. En Crête

Vers le IIè millénaire, alors qu'en Mésopotamie, l'écriture cunéiforme adoptait sa forme définitive, et qu'en Egypte les écrits hiéroglyphiques abondaient, se développaient en Crète et en Grèce d'autres formes d'écriture. Il s'agissait d'écriture également hiéroglyphique, réalisées sur des tablettes d'argile ou sur des pierre tendre comme la stéatite.

Plusieurs fragments de ces supports ont été retrouvés, comme le célèbre "disque de Phaïstos" découvert en 1906. Malheureusement, jusqu'à ce jour, ces écritures n'ont pas été déchiffrées.

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4. En Chine

Née vers le IIè millénaire, et codifiée vers 1500 avant Jésus Christ, l'écriture chinoise, composée de pictogrammes, est atypique du point de vue de son évolution. Sa cohérence systémique s'obtint entre 200 avant et 200 après Jésus Christ, et demeure sensiblement inchangée depuis.

La légende veut que trois empereurs aient engendré l'écriture, notamment Huang-Che au XXVIè siècle avant Jésus Christ. Huang-Che aurait découvert l'écriture en étudiant les corps célestes et les objets présents dans la nature telles les empreintes d'oiseaux et d'animaux.

Les plus anciennes traces connues de cette écriture ont été mises à jour à la fin du XIXè siècle, en l'occurrence, il s'agissait d'écailles de tortue et d'omoplates de cerf.

Il est à noter que, parmi les pictogrammes constituant l'écriture chinoise, certains ressemblent fort à des pictogrammes présents chez d'autres civilisations. La calligraphie est particulièrement soignée, les combinaisons de pictogrammes élémentaires s'avère souvent très poétique. Un seul signe peut, selon la graphie, avoir des significations nombreuses et variées. Par exemple, le son "shi" peut signifier : savoir, être, puissance, monde, veiller sur, voir, quitter, affaire, aimer...

L'écriture est en fait le fondement de l'unité linguistique de la vaste Chine. Le chinois courant se lit de gauche à droite, les chinois savant et poétique se lit de haut en bas et de droite à gauche.

 

Exemple d'écriture chinoise

 

ecriture-chinois1

Ecriture chinoise : l'élément "pouvoir", précédé de la clé "eau", signifie "rivière".

 

ecriture-chinois2

Le même élément "pouvoir", associé à la clé "parole", signifie "critiquer"

 

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5. L'apparition de l'alphabet

Le premier modèle connu d'alphabet est celui des phéniciens daté des environs du XIIè siècle avant Jésus Christ. Ce peuple était composé de marchands et de navigateurs qui commerçaient avec les peuples du pourtour méditerranéen oriental. Leur alphabet fut ainsi connu des autres peuples.

Les signes de cet alphabet sont probablement issus d'une évolution graphique de signes cunéiformes ou démotiques (égyptiens). L'alphabet phénicien ne comporte que des consonnes, ce qui est le propre des langues sémitiques comportant peu de voyelles.

Au VIIIè siècle avant Jésus Christ, apparaît l'alphabet araméen, du pays d'Aram (l'actuelle Syrie), proche de son aîné phénicien, et l'alphabet hébreux. L'écriture hébraïque se lit de droite à gauche et ne note pas les voyelles. La langue transcrite est restée quasi inchangée depuis cette époque ! C'est dans cette écriture qu'ont été rédigé la plupart des livres de l'ancien testament.

Les écritures arabe et hébraïque, toutes deux toujours en usage, ont probablement une source commune : l'alphabet phénicien. Il faut cependant rester modeste et avouer que la filiation de ce dernier vers les deux autres n'est pas connue. L'écriture arabe sous sa forme actuelle est apparue au VIè siècle après Jésus Christ et est donc légèrement antérieure à l'apparition de l'islam. Mahomet l'utilisa pour l'écriture du Coran.

L'alphabet grec, constitué vers le VIIIè siècle avant Jésus Christ comportait des voyelles, dont la représentation fut vraisemblablement empruntée à l'alphabet phénicien. Il s'agissait de consonnes que ne possédait pas la langue grecque, ainsi naquirent les : A "alpha", E "epsilon", O "omicron", Y "upsilon. Quant au I "iota", il fut purement inventé.

Au Vè siècle avant Jésus Christ, l'alphabet grec est constitué de 24 lettres dont 17 consonnes et 7 voyelles, sous les formes majuscule et minuscule. Les majuscules étaient utilisées pour écrire sur la pierre, les minuscules plus cursives pour l'écriture sur papyrus ou tablette de cire.

C'est de l'écriture grecque que paraît une littérature abondante et pluridisciplinaire : poésie, théâtre, récit, histoire et philosophie. Notre civilisation est redevable à plus d'un titre de cette littérature. De l'écriture grecque sont issues les écritures arménienne, copte, géorgienne mais aussi l'alphabet latin, donc le nôtre. En effet, la culture et l'écriture grecque furent vraisemblablement transmises aux étrusques qui peuplaient alors l'actuelle Toscane.

Même si la langue étrusque demeure mystérieuse, les fouilles funéraires ont mis à jour de nombreuses inscriptions composées de signes voisins de l'alphabet grec. Les étrusques régnèrent sur Rome jusqu'au IVè siècle avant Jésus Christ, période à laquelle les peuplades du Latium les en chassèrent. Une des hypothèses les plus courantes veut que ces vainqueurs latins durent emprunter aux étrusques leur alphabet. Une autre hypothèse veut que les latins composèrent leur alphabet directement à partir de l'alphabet grec.

Ecriture grecque

 

ecriture-grec

Extrait d'une lettre de l'empereur Néron sur la liberté accordée aux grecs intégrés à l'empire romain en 146 avant Jésus Christ. Elle témoigne de l'influence de l'écriture grecque sur l'écriture romaine.

 

Au IIIè siècle avant Jésus Christ, l'alphabet latin comporte 19 lettres. Le X et le Y ont certainement été rajoutés plus tard, à l'époque de Cicéron, soit au Ier siècle avant Jésus Christ. Les romains utilisaient les majuscules et les minuscules pour les mêmes raisons que les grecs.

Ecriture romaine

 

ecriture-romaine

 

Aux IIè et IIIè siècles après Jésus Christ apparaissent la "nouvelle écriture commune" et l'"onciale" qui demeureront dans toute l'Europe, jusqu'aux environs de l'an 1000.

L'écriture indienne est aujourd'hui considérée comme un avatar de l'alphabet phénicien. C'est notamment le cas de l'alphabet brahmi, à l'origine du sanscrit, et qui comportait des consonnes et des voyelles.

 

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6. Les exceptions

Nous l'avons vu, divers systèmes d'écriture ont existé et évolué de par le monde antique. Cependant, il reste, de nos jours encore, de nombreuses régions du monde où l'écriture est absente. Pour 3000 langues dénombrées dans le monde, seule une centaine sont dotées d'un système d'écriture.

 

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